Pour ceux qui croient que Charles Martel a arrêté les arabes à Poitiers : la vérité écrite par les historiens de l’époque !
Aujourd’hui, si l’on fait un sondage, 90% des sondés (et je suis sans doute en dessous de la vérité) vous diront que « Charles Martel ? C’est celui qui a arrêté les arabes à Poitiers ». Il faut dire que cela est répété depuis si longtemps que cela est devenu vérité historique. Certains vous diront même que Martel et les « français » ont tué plus de 60.000 sarrasins. Soixante mille. A l'arme blanche, avec des épees, des lances et des couteaux. Alors que le 6 Juin 1944, avec des bombardements par avion, des navires qui canonnent, des mitrailleuses, des mitraillettes, des lance flammes, des grenades, des fusils d’assaut, des mortiers, on a dénombré 6.000 victimes. Six mille. Donc, déjà, on peut se dire qu’il y a exagération.
10 % (et là je suis en dessus de la réalité) donc vous diront que c’est du pipeau, que ça fait partie de ce qu’on appelle le « roman national ». Qu’il n’y a jamais eu de grande bataille à Poitiers. Certaines mauvaises langues diront même que le Martel a massacré tout au plus une caravane de marchands de tapis qui s’était aventurée trop haut sans permis de séjour…
La vérité se situe peut être entre les deux ? Martel aurait combattu un raid de Sarrasins, qui, installés en Aquitaine, razziaient régulièrement les contrées avoisinante ?
« Depuis le début du VIIIe siècle, la péninsule ibérique a en effet été conquise par la dynastie arabe des Omeyyades. Cette avancée musulmane s’essouffle peu à peu, non sans qu’ils ne s'emparent, dès 719, de la Septimanie (le Languedoc-Roussillon actuel) et plus particulièrement, de la ville de Narbonne. Depuis cette région, les gouverneurs omeyyades vont lancer des raids, particulièrement vers l’Aquitaine.
C’est certainement ce qui se passe en 732, lorsque l’émir d’Al-Andalus, Abd al-Rahmân, mène ses propres troupes en remontant vers l’Aquitaine, non pas pour tant pour conquérir la région que pour la piller. Lorsque les troupes arabo-berbères dévastent les faubourgs de Bordeaux, le duc d'Aquitaine, Eudes, échoue à repousser l’adversaire et doit prendre la fuite. Pressé par l'adversaire, il se voit contraint de faire appel à un vieil ennemi contre lequel il guerroyait un an auparavant : Charles Martel. Le maire du Palais, dirigeant du royaume des Francs, accepte de lui venir en aide à condition qu'Eudes se soumette à l’autorité franque. » (Pierre Ropert, Radio France)
Il dit "certainement", mais il n'est pas sur sur..
Donc, le Martel va surtout soumettre l’Aquitaine. Et ensuite se diriger vers le Midi. Car Martel en fait veut devenir non pas calife à la place du calife (ce serait un comble) mais roi à la place du roi, car il n’est que maire du palais. Et comme le dit William Blanc :
« Après 732, le maire du Palais reprend pourtant de nombreuses villes aux troupes musulmanes, dont Avignon ou Arles. Mais ces reconquêtes ne font pas que des heureux : “Les Provençaux vont demander le renfort des Sarrasins, parce qu'ils ont peur de l'expansionnisme de Charles Martel, rappelle William Blanc. Concrètement, depuis son arrivée au pouvoir, Charles Martel s'est régulièrement battu non pas contre des Sarrasins, mais avant tout contre d'autres Francs, pour imposer son pouvoir au sein du Regnum Francorum”..
Diable, les gens du Midi alliés aux Sarrasins !! Ca va pas arranger
nos affaires ! Mais pas non plus celles du Martel, qui donc sa bagarre
essentiellement contre des Francs ? Qui, en fait, sont plutôt d'anciens Gaulois ?? Qui ont conservé le "civilisation romaine ? ' Voir en dessous!
« Sur le chemin du retour, ses troupes incendient les arènes de Nîmes et pillent les villes qui ont eu le malheur d’accueillir les Sarrasins. "Les Francs pillent à outrance, écrit ainsi Ernest Sabatier dans Histoire de la ville et des évêques de Béziers (Paris, 1854). Ils désarment la population chrétienne, qui, ayant conservé en partie la civilisation romaine, voyait en eux des Barbares, et leur était suspecte. Forcés d’abandonner le siège de Narbonne, et voulant empêcher les Sarrasins de prendre ailleurs dans le pays une position solide, ils rasent les fortifications de Béziers, d’Agde et d’autres cités considérables. Agde et Béziers sont même livrées aux flammes, leurs territoires dévastés, les châteaux démolis. Enfin, en s’éloignant, les soldats de Charles Martel emmènent, outre un grand nombre de prisonniers sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrétiens du pays."
Lui, il écrit en 1854
Le Petit Lavisse, le manuel de référence publié pour la première fois en 1913, ne dit pas un mot de cet événement, (la "fameuse" bataille de Poitiers ) preuve qu'il était encore considéré comme mineur.
Et au passage, personne ne peut situer l’endroit où cette bataille aurait eu lieu.
Le mieux, c’est quand même de demander leur avis à ceux qui ont vécu de près ces évènements, les historiens de l’époque. Voici leurs témoignages, rassemblés par un historien du XIX ème, Augustin THIERRY, dans un ouvrage que ma fille a trouvé chez un bouquiniste parisien, et qui doit être difficile à trouver, puisqu’édité en 1839 !Voir photo plus bas) Et qui nous parlent des aventures de Karle. Oui, déjà, Karle et pas Charles, puisqu’il est en fait tudesque, et parle l’allemand de l’époque, comme le faisait Chlodowig, que nous rebaptiserons Clovis, et comme le fera l’autre Karle, que nous appellerons Charlemagne,
732 : « Eudes, duc des Aquitains, s’étant écarté de la teneur des traités, le prince des Franks, Karle, en fut informé. Il fit marcher son armée, passa la Loire, mit en fuite le duc Eudes, et, enlevant un grand butin de ce pays, deux fois ravagé par les troupes la même année,, il retourna dans son prope pays »
735 : « Le duc Eudes mourut : le prince Karle, en ayant reçu la nouvelle, prit conseil de ses chefs, et passant encore une nouvelle fois la Loire il arriva jusqu’à la Garonne et se rendit maitre de la ville de Bordeaux et du fort de Blaye ; il prit et subjugua tout ce pays, tant les villes que les campagnes et les lieux fortifiés »
736 : « L’habile duc Karle ayant fait marcher son armée, la dirigea vers le pays de Bourgogne. Il réduisit sous l‘empire des Franks Lyon, cité de la Gaule, les principaux habitants et magistrats de cette province. Il y établit des juges à lui, et de même jusqu’à Marseille et Arles. Emportant des grands trésors et beaucoup de butin, il retourna dans le royaume des Franks, siège de son autorité. »
737 : « Karle renversa de fond en comble murs et murailles ; les fameuses villes de Nimes, d’Agde et de Béziers ; il y fit mettre le feu et les incendia, ravagea les campagnes et les châteaux de ce pays. »
Voilà. Aucune des témoins et historiens de l’époque ne parle d’une armée arabe marchant vers Paris, même pas d’une razzia berbère, même pas d’une caravane de marchands de tapis. Ils parlent tous d’une série de razzias, oui, mais menée par les Franks contre les contrées du Midi, encore appelée Gaule. Peut être que pour eux, gens du Midi et barbaresques, c’est pareil ??
En attendant, aucune trace chez les historiens de l’époque d’un témoignage de la fameuse bataille de Poitiers……Or, comme le dit Augustin Thierry, « La première qualité de l’historien, ce n’est pas la fidélité à tel ou tel principe moral, à telle ou telle opinion politique, c’est la fidélité à l’histoire elle-même ».
Et donc, tous les « historiens » qui ont inventé purement et simplement cette légende de Charles Martel, des siècles plus tard, se sont moqués de nous.
Quant aux politiques qui l’ont encore enjolivé….

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