vendredi 17 janvier 2020

Les bolcheviques ne sont pas là où on pense....


Pourquoi est il vain d'espérer un "éclatement" ou des "démissions en masse " à la CFDT…

Régulièrement, on nous bassine avec le manque de démocratie (supposée voire fantasmée) à la CGT. Qui serait une machine monolithique, où le "chef" n'aurait qu'un mot à dire pour que des centaines de milliers de militants se mettent en grève, sans hésitation ni murmure, et descendent dans la rue pour "ruiner le pays" (voir la une du torchon "Le Point").  Du coup, certains justement engueulent la CGT et ses dirigeants : qu'attendent ils pour appeler (ordonner?) à la grève générale reconductible révolutionnaire ?

La CFDT par contre serait une organisation démocratique, (ben d'ailleurs ils se sont autoproclamés comme ça!)  ou s'expriment des opinions diverses  et variées, dans le respect le plus total des uns et des autres.


Or, c'est l'inverse qui est vrai.


Citons d'abord cette déclaration d'un salarié d'une fédération CFDT :


« La CFDT est l’organisation syndicale la plus centralisée qui soit. C’est ce qui fait notre force », affirme-t-il. Ce salarié en profite pour qualifier la CGT de « pétaudière » avec un Philippe Martinez n’ayant « aucun pouvoir sorti de Montreuil », le siège de la confédération. « Chez nous, les décisions sont prises par une organisation confédérale qui a un pouvoir énorme », décrit-il. Ce qui n’empêche pas un sentiment d’appartenance très fort de la part des militants, estime-t-il. Laurent Berger compte dessus pour laisser passer l’orage.


Bref, la CFDT déclare donc pratiquer un centralisme…démocratique.


En gros, finalement, l'appareil monolithique, c'est la CFDT, alors qu'à la CGT, chacun fait ce qu'il veut, quoique dise le "chef". Et étant adhérent de la CGT depuis 1974, dans les Caisses d'Épargne,  je veux bien le croire. Pourquoi ?


A la CGT, dans chaque boîte, quand se crée un syndicat CGT, celui-ci dépose ses statuts. Il adhère ensuite en payant des cotisations, à la Fédération de sa branche (Commerce, Énergie, Transports etc..), à son union départementale et à son union locale. Lesquelles n'ont aucune autorité réelle sur le syndicat de base (ils sont 22.000) : ce sont les adhérents de ce syndicat qui décident de l'activité de leur syndicat.


Par contre, quand dans la même entreprise se crée un syndicat CFDT, il s'agit d'une section syndicale :  "Constituée de tous les adhérents et militants CFDT d'une même entreprise ou d'un même établissement, la section syndicale est une "antenne" du syndicat dans l'entreprise" . "Le syndicat, lui, regroupe les différentes sections syndicales d'entreprises de son secteur professionnel et géographique (le syndicat peut être régional, départemental, national, inter-régional ou sur un bassin d'emploi). Le syndicat est la structure de base de la CFDT" (1)


Du coup, il n'y a que 1.100 syndicats a la CFDT. 20 fois moins qu'à la CGT…


Mais la section syndicale, donc, ne peut agir qu'en accord avec le syndicat. Dans ma boîte, par exemple, lors d'un conflit, notre syndicat CGT a décidé d'attaquer la Direction en justice. Sans demander l'avis de quiconque, ni de l'UL, ni de l'UD, ni de la Fédé. Nous sommes allés voir la CFDT, en fait la  SECTION CFDT. Celle-ci devait demander l'autorisation de son syndicat (qui elle-même a du passer par sa fédé) pour pouvoir se joindre au procès. Et c'est finalement le syndicat, donc l'échelon du dessus, qui pouvait attaquer.  Ils nous ont rejoint ….plus tard !


Donc, avant que l'opinion des syndiqués de base remonte à leur confédé…


De plus, les oppositions à la ligne confédérale n'existent plus. Edmond Maire avait commencé le travail. Militant à la CFTC, dans les années 50 son premier tract est clair: «Nous sommes socialistes et révolutionnaires», affirme-il. Ensuite, dans les années 80 il prononce….. la condamnation de la «vieille mythologie» de la grève !! Ce qui fat qu'à son décès, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a exprimé son « immense reconnaissance » envers celui qui « a transformé et inspiré le dialogue social ».


Après le "recentrage" avec Edmond Maire, de nos jours même avec les palinodies de Bergerr, "Au loin, ne se profile ni la situation d’après 1995, quand, après avoir soutenu la réforme Juppé, la CFDT dirigée par Nicole Notat avait vu partir des milliers de syndiqués vers le tout jeune syndicat Solidaires ; ni même l’hémorragie de 2003, après la position de François Chérèque sur la réforme Fillon."


Et, de toutes façons, si un syndicat se mêle d'avoir une activité qui déplaît en haut lieu, on peut le "mettre sous tutelle" : "En février, la direction de la CFDT a mis sous tutelle le syndicat CFDT du commerce en Ile-de-France (SCID). Celui-ci était déjà en conflit depuis un an avec sa fédération à propos de "la gestion des cotisations" et le règlement de frais juridiques engagés par le syndicat, selon la direction nationale. " (2)


Mais tout ceci n'empêche pas la CFDT de devenir la première OS de France. Ce qui signifie que les salariés qui votent pour elle se satisfont de cette longue politique de compromis (compromissions?) . Et que les adhérents qui y restent, qui ont supporté le plan Juppé, le plan Fillon, sont dans une large mesure prêts à accepter le plan Macron. Soit par conviction, soit parce qu'ils peuvent difficilement faire autrement.


Bon, va pour les anciens, mais ceux qui adhèrent aujourd'hui ?


D'abord, dans une entreprise, il est plus facile de créer une section CFDT qu'un syndicat CGT. Le patron va montrer beaucoup, beaucoup moins d'hostilité. Et donc, le militant CFDT va d'abord, comme tout syndicaliste, se préoccuper des revendications immédiates. Et les adhérents vont s'en contenter. Et les salariés n'ayant souvent que ce syndicat dans la boite…etc..


Admettons que ce militant soit prêt à se battre pour les retraites. Contre la retraite à point.  Difficile, sa confédé est POUR. Il va protester. Il risque fort d'être seul dans sa section syndicale. Admettons qu'il convainque toute sa section syndicale.  Elle va sans doute être minoritaire dans son syndicat (qui regroupe on l'a vu toutes les sections syndicales de sa profession dans son département ou même sa région) .


Il arrive à convaincre tout son syndicat ??? He ben ..reste la mise sous tutelle du dit syndicat, avec nomination d'administrateurs  provisoires !


On le voit donc, la CFDT va peut être décevoir pas mal de monde, mais faut pas compter sur une hémorragie.


Et ce mode de fonctionnement rappelle furieusement celui d'un parti politique qu'on disait "monolithique" dans les années 60 et 70…… Je me marre..


Et finalement, les vrais bolchéviques ne sont pas là où on les attend…Et je me marre à nouveau !


 


(1)  https://f3c.cfdt.fr/portail/f3c/nous-connaitre/fonctionnement-de-la-cfdt/organisation-de-la-cfdt-srv2_613847


(2)  https://blogs.mediapart.fr/francoisemazalto/blog/020317/la-cfdt-condamnee-au-tribunal


 

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